- mais dégage donc, sale gosse !
- non, répondit la semi-halfeline, les yeux plantés dans ceux du garde.
le garde en question lâcha un grognement sonore et s'avança vers elle, menaçant. elle ne cilla même pas, le regardant simplement avec toute la haine dont elle était capable, ses petits poings serrés.
il la poussa en arrière d'un geste brutal, agacé par cette gamine qui le tannait depuis près d'un quart d'heure pour entrer dans le bureau. celui d'Olwen Neren'Dothil, plus exactement. alors la jeune fille, sans même avoir le temps de réfléchir, lui planta son poignard dans le ventre avec une rapidité hors du commun... l'homme s'effondra, mort. il poussa un râle et son souffle s'éteignit.
Amanae (puisque c'est d'elle dont je parle) le regarda d'un air absent, ne réalisant pas encore l'acte quelle venait de commettre... la lame claire gouttait sur le sol, insensible à l'était de choc de sa propriétaire...
qu'est-ce que j'ai fait ?la réalité lui tomba dessus, l'écrasant de son poids bien trop important pour une jeune fille de quinze ans qui n'avais jamais songé une seconde qu'elle tuerait un jour. oui, c'en était trop. elle rangea sa lame encore poisseuse de sang dans son fourreau, et s'en alla à toutes jambes, horrifiée.
en réalité, elle était simplement venue voir son père, le très respectable Olwen, pour lui annoncer son départ à Daeron. il faut dire que jusque là sa vie de famille n'avait pas été très rose, entre son père absent et sa mère mourante... elle avait succombé à la maladie quelques mois plus tôt, et c'était à ce moment là que la jeune semi-halfeline avait songé pour la première fois à quitter son village pour les routes. mais son père ne l'avait jamais prise au sérieux, ni n'avait eu de quelconque lien affectif avec sa fille, et elle abandonna en étant persuadée qu'elle en était incapable. or, elle venait de terminer sa formation d'archer et ne supportait plus la vision de l'immense manoir familial vide.
ce jour-là, Amanae avait décidé qu'elle s'en irait. ce qu'elle fit.
adieu.mais elle renonça à aller à la capitale humaine, absolument persuadée qu'on l'y poursuivrait pour le crime qu'elle venait de comettre accidentellemnt. elle aurait voulu entrer dans le bureau interdit, et fondre en larmes sur les genoux de son père en expliquant que tout cela n'était qu'un simple et regrettable accident... mais elle ne pouvait pas, c'était non seulement au dessus de ses forces d'aller voir son père après cela, mais aussi de rester une minute de plus ici. alors elle se dirigea vers sa chambre, sans cesser de courir, rassembla deux ou trois affaires dans un sac, prit son épée et sortit du manoir.
elle traversa le village comme une ombre et se retrouva sur la route qui s'étendait droit devant elle, poussièreuse et grise sous la lumière blanche de ce jour d'automne nuageux. elle jeta un dernier regard désolé vers les habitations où elle laissait deux amis chers à son coeur, puis vers le manoir qui s'élevait au-dessus. une larme roula sur sa joue, qu'elle ne prit pas la peine d'essuyer. le tocsin sonna comme pour l'accompagner dans son long périple, mais en réalité, un domestique avait trouvé le corps et venait de donner l'alerte. mais personne ne tenta de l'arrêter, ni ne se demanda où elle était. elle était effacée.
et c'est ainsi qu'Amanae entama son long voyage sans but, abandonnant presque sans regrets son ancienne vie.
Fiche d'Amanae, semi-halfeline .